//\\||+| 2004 - 21'19 //\\||+| Cela va faire dix ans que Maximilien Urfer peint, dix ans que la majorité de ses peintures finissent dans l'humidité de sa cave à l'abri des regards, que le peuple valaisan qui constitue son principal entourage, ne comprend pas vraiment où il veut en venir avec ses peintures, ses fréquentations préfèreraient sans doute le voir faire de jolies peintures qui puissent s'accorder avec leur salon par exemple, une belle peinture bleue avec des canapés et fauteuils bleus pour que la peinture serve au moins à meubler un espace, mais Maximilien n'aime pas trop les compromis, surtout en matière de peinture.
Un beau jour, Maximilien a décidé, non sans ironie et afin d'en finir avec ces amalgames et autres malentendus autour de son travail, de s'auto-consacrer un vrai-faux documentaire sur sa vie de peintre, dans l'espoir que les gens en comprennent vraiment les enjeux, pour ce faire, il a décidé de faire un film avec plein de belles images sur le métier de peintre; le grand atelier, le désarroi d'un artiste habillé en noir devant sa grande toile... Autant de clichés, qu'il a lui-même beaucoup de peine à supporter et qui à l'écran font pourtant de lui un peintre à part entière. Mais le projet de Maximilien est ambigu parcequ'il fait la critique d'un système médiatico-culturel (le film d'artiste) dont l'auteur se fait lui-même la victime. François De Châtillard, l'auteur pseudonymique de ce film, serait donc un jeune historien d'art passionné de peinture, qui, de passage à la galerie Anna Schwab de Zürich, se serait emballé à la vue de l'oeuvre urferienne et aurait proposé au peintre de le suivre dans son processus créatif.
Fiction !!! Maximilien se moque de nous, pour qui se prend-il ? La galerie Anna Schwab n'existe pas. Il se dit (dans le film) réticent à l'idée de participer à ce projet, un projet qu'il a lui-même monter de toute pièce. Un peintre doit être un honnête homme, on attend de lui qu'il soit lui-même en toutes circonstances, parcequ'un vrai peintre est forcément un peu largué, seul et incompris. Pourtant, il est un peu largué, seul et incompris dans "la peinture à vif", mais joue t'il la COMEDIE ? Il répondra qu'il ne joue pas la comédie, en tout cas pas plus que tous les autres.
Parcequ'il croit de plus en plus difficile d'aborder la peinture simplement, Maximilien a fait appel à un autre médium pour en parler. Il se décourage lui-même de sa peinture parcequ'il pense qu'elle ne communique rien d'autre qu'elle-même, c'est sa plus grande faiblesse et sa plus grande force. Il la filme parce qu'il pense qu'il est moins ennuyeux et plus facile pour son entourage de regarder sa peinture en film qu'en peinture. En réalisant ce film, Maximilien s'est construit une prison vidéo, dans laquelle il évolue dans la peau d'un personnage qui se rapproche au plus de lui, un piège où il s'est engagé physiquement afin de trouver des réponses sur la pratique picturale. Mais ce n'est toujours qu'une image. Ainsi, ce film lui aura permis de se créer un recul supplémentaire sur son personnage et son travail de peintre.